Médecine et Sacerdoce

medecine sacerdoceNous apprenons en médecine chinoise que la vie ne nous appartient pas ; c'est nous qui lui appartenons. Il en est de même pour cette médecine comme des autres : elle sont avant tout une vocation au service d'autrui, non la propriété exclusive de tel ou tel groupe.

Aujourd'hui, en Europe, les écoles de Médecine Chinoise commencent à se développer, et c'est bon signe. La diversité a toujours été source d'enrichissement, et l'établissement d'un monopole médical, fut-il traditionnel, n'est pas dans l'esprit de cette médecine.

Tout enseignement subit nécessairement l'influence de ceux qui le transmettent. Au carrefour de la science et de l'art, la médecine traditionnelle chinoise est particulièrement sensible à ces influences, qui conditionnent sa forme pédagogique et l'esprit dans lequel elle est abordée.

En tant que responsable des études, je souhaite vous dire quelques mots de cette éthique qui, sans faire explicitement partie des matières enseignées, n'en constitue pas moins l'âme d'un enseignement.

La médecine est un sacerdoce. Ce mot vient du latin sacerdos, qui veut dire "prêtre". Le Ling Shu (Ch IX) nous apprend que "Dans la Chine ancienne, les médecins étaient des chamans (Wu Yi : médecins sorciers)", c'est à dire des intermédiaires entre l'homme et l'univers dont il dépend. Aujourd'hui encore, la fonction de médecin et celle de prêtre, l'un aidant face à la vie, et l'autre face à la mort, restent intimement liées : il est des patients qui se confessent à leur médecins, tandis que d'autres partent en pèlerinage trouver la guérison...

Cette dimension du médecin dépasse largement le cadre technique et froid dans lequel la science expérimentale cherche à le confiner. La vraie médecine est sans doute celle qui réussira à trouver l'équilibre délicat entre ses deux versants opposés, ses aspects Yang et Yin, masculin et féminin :

  • celui de la rigueur et de la méthode, nécessaires à toute compréhension, devant reposer sur des faits et être validée par l'expérience ;
  • celui d'une capacité d'amour et de compassion, qui - la science l'admettra bien un jour - porte en elle-même une dimension thérapeutique et décuple la puissance de tout acte qu'elle accompagne.

Nous avons cette chance, d'être les praticiens d'une médecine capable de réconcilier le corps et l'esprit, l'homme et la nature, la science et la foi. Apprendre la médecine, c'est aussi apprendre à aimer les hommes, et à les soigner dans le respect d'une nature qui leur a donné vie, et la leur reprendra. La médecine n'est pas chose difficile pour qui sait observer et pour qui sait aimer. Et à nos yeux, la volonté - commune aux médecins du corps et à ceux de l'âme - de soulager la souffrance humaine, est une qualité plus précieuse, pour qui veut devenir thérapeute, que la plus vaste des éruditions.
La finalité de nos études n'est pas la médecine, ni la maladie, ni même le malade, mais l'homme en bonne santé, capable de réaliser sa vie. Cherchons moins à briller qu'à éclairer.

Patrick Shan